Société des musées du Québec

Si les musées étaient des icebergs…

Françoise Simard

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Iceberg CC BY-ND Brad Saunders

Si les musées étaient des icebergs, les salles d’exposition en seraient la partie visible! Selon une étude américaine parue en 2016, le public n’a accès, en moyenne, qu’à aussi peu que 5 % des collections muséales. Effectivement, la vaste majorité demeure à l’abri des regards, conservée à l’intérieur de réserves. Ainsi, les réserves muséales constitueraient la partie immergée de l’iceberg… Mais pourquoi donc les collections muséales sont-elles si bien protégées?

En raison de la fragilité de leurs matériaux, de leur âge vénérable ou de leur « vécu », certaines pièces de collection ne peuvent être exposées. Elles doivent par conséquent être maintenues dans des conditions ambiantes optimales. Si la conservation demeure profondément ancrée dans la mission de tout musée, la diffusion et la mise en valeur constituent un mandat tout aussi fondamental du musée. Alors, comment concilier protection et accès au patrimoine muséal? Voilà une question que se posent depuis longtemps les spécialistes du secteur. 

Une des solutions réside dans la numérisation, qui rend possible l’accès à des images fidèles des objets. Cette technologie favorise aussi une démocratisation des collections muséales puisqu’elle ouvre une fenêtre virtuelle sur des trésors soigneusement conservés, des plus minuscules aux plus monumentaux, en passant par des espèces naturalisées, des parchemins médiévaux, des sculptures conceptuelles, des vestiges archéologiques... En outre, la numérisation constitue une partie incontournable du processus de traitement documentaire des collections, de pair avec la tenue à jour de l’inventaire, le catalogage et l’informatisation des données textuelles. Ainsi, en diminuant le besoin de manipuler les objets de collection, notamment pour les étudier, la numérisation en améliore la protection à long terme.

Aujourd’hui, le processus de numérisation ne se limite plus à la captation d’une image statique par un numériseur ou à la prise de photographie avec un appareil numérique. Les objets de musée se dévoilent sous tous leurs angles grâce à la numérisation 3D, comme au Smithsonian Institution de Washington. On peut observer le fonctionnement d’un planétaire du 18e siècle conservé au Musée d’histoire des sciences de Genève, écouter le son d’un clavecin ancien de la collection du musée de la Cité de la musique de Paris ou encore admirer la modélisation 3D de la pierre de Rosette produite par le British Museum, cette stèle trilingue du IIe siècle avant Jésus-Christ ayant permis à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes de l’Égypte antique.

De plus, plusieurs musées affichent désormais sur leur site Web une partie des collections qu’ils ont numérisées. Le visionnement en ligne des images ne remplacera jamais l’expérience du contact direct avec les objets. Toutefois, cela constitue une solution de remplacement intéressante, gratuite et accessible en tout temps. Après tout, c’est une expérience exceptionnelle que d’admirer les trésors du Musée national des beaux-arts du Québec ou du Musée d’art de Joliette, d’assister à la démonstration du fonctionnement d’une locomotive conservée à Exporail, le Musée ferroviaire canadien, d’en connaître un peu plus sur la collection de céramique et de verrerie du Musée McCord… Et que dire de la possibilité d’explorer l’œuvre d’Alex Janvier, Étoile du matin, qui anime le dôme du salon Haida Gwaii au Musée canadien de l’histoire, une peinture murale s’élevant à une hauteur de sept étages au-dessus du salon et s’étendant sur 418 m2. Au Rijksmuseum d’Amsterdam, les visiteurs virtuels ont maintenant accès à une panoplie d’œuvres numérisées en très haute résolution.

En terminant, il est intéressant de souligner que bien avant l’avènement des données ouvertes et liées, la Société des musées du Québec a créé, dès 1991, la base de données Info-Muse, un véritable répertoire centralisé des collections muséales québécoises. Avec plus d’un million de notices, cette ressource accessible à tous contient des données et des images numériques en provenance de 140 institutions muséales et organismes connexes. Plusieurs autres initiatives semblables existent aujourd’hui. Du côté européen, le portail Europeana offre un accès à plusieurs millions d’objets, d’œuvres d’art et d’archives en provenance de musées, de bibliothèques et d’archives d’Europe. Pour vous donner une idée de la diversité des contenus, vous pouvez fureter à travers des collections européennes traitant de la mode, de la Première Guerre mondiale, ou de l’histoire du sport… et ainsi, découvrir la partie submergée des icebergs muséaux!