|
||||||||||||||
|
|
Toutes les maisons d'enseignement, privées ou publiques, développent un embryon de collection ou une collection plus imposante. Le Département de l'Instruction publique fournit des outils aux professeurs pour les amener à recueillir, à classer et à utiliser les collections dans l'enseignement primaire et secondaire. Selon les directives du Département, le musée scolaire est " composé par les élèves eux-mêmes. Qu'ils soient nos premiers collectionneurs " (JEANGIRARD 1891). Dans les collèges, les professeurs rattachés aux communautés religieuses rivalisent d'effort pour développer des collections plus exhaustives. La plupart de ces collections devenues obsolètes avec l'évolution des connaissances ne survivront pas aux réformes du système éducatif mis en place dans les années 1940 et à la Révolution tranquille. Elles seront d'abord négligées, puis aliénées ou détruites accidentellement ou volontairement, mais peu d'entre elles survivront, comme c'est le cas au Séminaire de Sherbrooke. Au milieu des années 1870, l'Université Laval, qui donne le ton dans ce domaine, réunit sous son toit plusieurs musées, dont un Cabinet de physique, un Musée de zoologie, un Musée de minéralogie et de géologie, un Musée botanique, un Musée ethnologique, un Musée de peinture et un Musée numismatique (CARLE 1986, KAREL 1993). Ces collections, transférées par la suite au Musée du Séminaire de Québec, sont maintenant déposées au Musée de la civilisation. Comme l'indique l'Annuaire de l'Université Laval de l'année 1880, le Cabinet de physique " contient plus de 1 000 instruments, comprenant la plupart des appareils qui servent à démontrer les découvertes les plus récentes ". Pour sa part, le Musée de zoologie " compte plus de 1 400 oiseaux, comprenant au moins 600 espèces différentes, sans les variétés, et dont plus de 300, obtenus et nommés par l'entreprise de l'Institution Smithsonienne de Washington. [ ] La collection d'insectes se monte maintenant à plus de 14 000 individus, la plupart nommés ". Les collections du Musée de minéralogie et de géologie proviennent " de l'ancien cabinet de Minéralogie du Séminaire de Québec, ainsi que des additions considérables [ ] fondues en une seule collection arrangée systématiquement par M. Th. Sterry Hunt. " Il y a en tout au-delà de 4 000 échantillons (roches et fossiles). Le Musée botanique est présenté dans trois salles, dont la dernière contient l'herbier de 10 000 plantes nommées et classées. Les deux premières montrent des " collections de bois canadiens employés dans l'industrie et ayant une valeur commerciale " et des " bois préparés spécialement pour l'étude [ ] nos végétaux ligneux indigènes " ainsi que "plusieurs collections de bois exotiques : entre autres, une collection très remarquable des bois de commerce qui se vendent sur les marchés d'Angleterre ". Pour sa part, le Musée ethnologique, constitué surtout par " le Musée Huron de M. Taché, consiste en antiquités canadiennes, européennes et autres de toutes sortes. [ ] Il ne peut guère s'accroître qu'avec le temps et par la bienveillance des amis de la science. [ ] Ce Musée possède maintenant un département Chinois et Japonais très remarquable déjà, bien qu'il ne soit qu'à son début ". Recherche, enseignement, éducation sont au cur de ces musées et de la constitution de ces collections aussi diversifiées. Les statistiques publiées régulièrement sont renversantes. De quelques centaines de spécimens rassemblés dans les maisons d'enseignement mises sur pied dans les années 1880-1890, leur nombre atteint des dizaines de milliers dans les écoles, les collèges et les couvents plus anciens (PROVANCHER 1887). Ainsi, à titre d'exemple, à la fin de cette ère d'expansion, en 1933, le Collège du Sacré-Cur de Longueuil dénombre 123 000 pièces de collection; les frères des Écoles chrétiennes de Port-Alfred, 8 970; les surs de Sainte-Anne de Lachine, 15 894; le Séminaire de Joliette, 13 240; le Collège de Lévis, 10 788; l'Institution des sourds-muets de Montréal, 49 977; le Séminaire de Sherbrooke, 14 015. Le Bureau des statistiques indique alors que le nombre de spécimens a doublé au cours des 10 dernières années (QUÉBEC 1933). Voici ce qu'écrit le père Joseph E. Carrier du Collège Saint-Laurent, à Montréal, en 1896, au moment où se termine la construction du musée : une tour de quatre étages " à l'épreuve du feu ", dus aux soins de l'architecte H. Robert Falbord. Pour sa présentation, le conservateur a " l'embarras du choix entre plus de quatre vingt mille (80 000) objets ou spécimens que j'ai réussi - je ne sais trop comment - à ramasser, ici et là, en donnant, toujours sans trop compter de ma personne, en chassant assidûment, en mendiant - discrètement et auprès des riches seulement - en échangeant, en achetant ". L'énumération des 25 collections indique qu'il s'agit surtout de différents secteurs des sciences naturelles (mammifères, oiseaux, reptiles, poissons, crustacés, botanique, minéralogie, paléontologie), mais également des collections de numismatique, de beaux-arts, d'archéologie, d'objets indiens, d'objets communs (" dont 1 500 boutons tous différents de forme ou de matière ") et miscellanées (" objets qui ne peuvent pas facilement entrer dans aucune des collections précédentes : telles que sont certaines formes étranges ou anormales, des babioles de pure curiosité, des cartes à jouer diverses, etc. ") (CARRIER 1896). Le gouvernement provincial emboîte le pas et, en 1882, met sur pied un Musée de sciences naturelles. Pour ce faire, il acquiert par le biais du Département de l'Instruction publique les collections Léon Provancher (1820-1892) et Charles-Eusèbe Dionne (1846-1925) (musée dispersé en 1919) (DUCHESNE 1984). On le voit, les institutions naissent et meurent, et les musées se forment par l'acquisition massive d'une ou de plusieurs collections qui viennent confirmer le mandat du nouveau musée et lui donner un fondement, une direction. Ce processus de démocratisation du savoir par la collection s'étend également au domaine des sciences humaines. Les collections d'ethnologie, d'histoire, d'archéologie, d'arts décoratifs et de beaux-arts ont davantage droit de cité. Ainsi, à la suite de l'acquisition de la collection de Joseph Légaré par l'Université Laval, en 1874, l'inauguration du Musée de peinture fournit un lieu permanent pour apprécier une collection de beaux-arts. L'Art Association of Montreal, qui est d'abord établie au square Phillips et qui déménage en 1912 rue Sherbrooke Ouest, recèle de riches collections d'uvres d'art et d'art décoratif, tant nationales qu'internationales (TRUDEL 1992, PEPALL 1986). Il revient surtout au philanthrope F. Cleveland Morgan (1881-1962) le rôle d'avoir stimulé les collectionneurs montréalais afin qu'ils se départent de leurs biens au profit de cette institution. La création de musées d'intérêt régional, due à l'impulsion de sociétés historiques, marque un moment important dans le développement des musées d'histoire et de société. Ainsi, en 1895, la Société d'archéologie et de numismatique de Montréal installe ses riches collections (archéologiques et historiques) au Château Ramezay, et la Brome County Historical Society met sur pied son musée à Knowlton, en 1903 (PICHÉ 1999). Ce phénomène, qui se manifeste d'abord dans les communautés anglophones ou mixtes, s'étend aux milieux francophones dans le contexte de la montée du nationalisme, de l'écriture de l'histoire et du mouvement d'affirmation de l'identité des Canadiens français. Citons l'exemple de Joseph Octave Dion (1838-1916), sauveteur du fort Chambly et grand collectionneur d'artefacts reliés à l'histoire du lieu. Les sociétés d'histoire instaurent des collections et des centres d'archives, entretenant parfois des liens avec les musées de maisons d'enseignement déjà existants dans la localité. Ces sociétés prolifèrent pendant la première moitié du 20e siècle. | |
||||||||||||||||||
| ![]() |