Observatoire de la SMQ
 | La Société des musées québécois | Actualités | Outils de référence |



 | Infos en bref | SMQ / Interventions | Réflexions et analyses | Dossiers thématiques | En direct des régions | Agenda |



 | Comptes rendus et reportages | Documents à signaler | Conseils techno | Offres d'emploi | Nominations et départs |



 | Prix | Salle de presse | Babillard |

[ Espace professionnel [ Actualités [ Comptes rendus et reportages [ Cyber-reportages [ L'approche transdisciplinaire dans l'exposition scientifique

« On apprend des autres », petite phrase attrapée au vol lors du XX ième congrès de l’Association des musées et centres pour le développement de la culture scientifique, technique et industrielle (AMCSTI).

Je crois à l’approche transdisciplinaire dans l’exposition scientifique. Ne pas le reconnaître serait être contre la vertu. Mais au fait, qu’est-ce que l’approche transdisciplinaire ?

J’ai cherché dans les dictionnaires usuels, le mot transdisciplinaire n’existe pas.
Chez Robert, trans signifie : au delà de, à travers, qui marque le passage, le changement. Pas de trans chez Larousse, mais une définition de discipline à laquelle se rapporte disciplinaire : 1. ensemble de règles 2. branche de la connaissance.

Donc, une approche transdisciplinaire peut se rapporter autant à une manière de faire qu’à un contenu. À une équipe autant qu’à un corpus ou une collection. Partant de ces prémisses, me voici enfin prête à partager avec vous ce que j’ai pu observer lors de la mission. Mais d'abord, situons cette mission.

 La mission
Il s'agit d'une mission bilatérale initiée par le Centre des sciences de Montréal, financée par l'Accord Canada-France pour les échanges et la coopération dans le domaine de la muséologie, et réalisée grâce à l'AMCSTI, partenaire français. Elle a été réalisée par l'équipe canadienne en France du 21 juin au 1er juillet 2002. Cette mission a trouvé sa contrepartie canadienne du 15 au 27 novembre 2002 alors qu'une délégation de cinq Français est venue effectuer un séjour de dix jours au Canada.

Les membres canadiens ayant participé à la mission sont :

 

 La muséologie scientifique et technique est transdisciplinaire par le partage des compétences
Une variété de professionnels oeuvrent en muséologie scientifique. Des gens passionnés et passionnants provenant de différentes disciplines : physique, génie, histoire, art, informatique, communication, ethnologie, biologie, botanique… Tous prêts à partager leurs connaissances et leurs savoir-faire avec leurs collègues, avec leur communauté et leur public. Au XXe congrès de l’AMCSTI, j’ai vu, entendu, rencontré des : directeurs, concepteurs, conservateurs, professeurs, responsables de service de l’information, secrétaires généraux, chargé(e)s d’étude, journalistes, chargé(e)s de recherche, directeurs des communications, responsables du service des expositions, animateurs, médiateurs, scénographes, graphistes, techniciens…Tous impliqués à leur niveau dans la réalisation d’expositions.

 La variété des sujets nécessite une approche multidisciplinaire
Durant la mission, j’ai vu ou entendu parler d’expositions qui traitaient de mathématiques, de génie civil, de vinification, du regard, du temps, des cycles, des métiers à tisser, du cerveau, d’électricité, d’images virtuelles, d’hologrammes, d’actualités scientifiques, des grands enjeux de la science… On m’a présenté, dans un même lieu, une mixité de sujets qui demandaient nécessairement différentes approches. La mise en valeur d’une collection de rubans est différente de celle d’une collection de cycles. Ailleurs, une exposition thématique abordait le regard. Il n’existe pas de spécialiste du regard. On doit l’aborder par différentes disciplines : la philosophie, l’art, l’anatomie, les mathématiques. Peut-on parler de patrimoine industriel sans la sociologie, l’histoire ou la science ?

 Les multiples lieux de diffusion favorisent l’approche transdisciplinaire
Bien sûr, j’ai visité de grandes institutions parisiennes et des musées. J’ai aussi vu et entendu parlé de CCSTI, d’université, de centre de recherche, d’écomusée, d’industrie qui organisent des expositions dans des usines désaffectées, des châteaux, des casemates, des écoles, des centrales, des bateaux, des camions, des autocars, des valises… On est loin des salles à atmosphère contrôlée, des vitrines sophistiquées, des collections fabuleuses et des cartels d’identification. Dans ces conditions, le lieu lui-même agit comme agent de changement et oblige à réaliser l’exposition différemment à transgresser les règles, si règles il y a.

 L’animation et la médiatisation scientifiques amènent l’approche transdisciplinaire
En muséologie scientifique les moyens pour rejoindre le visiteur sont extrêmement variés : textes, images, manipulations, démonstrations, multimédias, bornes interactives, bandes sonores, objets de collection, animations, concerts, conférences… Probablement parce que, pour le grand public, la contemplation d’un circuit électronique est moins émouvante que celle d’une oeuvre d’art. Créer l’émotion devant des phénomènes, des concepts, des processus, des machines exige des démonstrations captivantes, des outils créatifs ou des scénographies parlantes. Partager des connaissances, entrer en relation avec des publics mixtes (enfants, adultes), s’insérer dans la communauté, rejoindre les préoccupations des visiteurs amènent nécessairement une diversité de regards sur un même sujet.

 L’approche transdisciplinaire dans l’exposition conduit le visiteur à une démarche transdisciplinaire
En parcourant la France de bas en haut, si je puis dire, et en assistant au XXe congrès de l’AMCSTI, j’ai pu constater comment les sujets étaient multiples, les lieux de diffusion différents et les approches variées. Le visiteur doit faire preuve d’ouverture pour appréhender tant de connaissances et apprivoiser tous ces espaces de diffusion. Confronté à ces différentes expositions, devient-il plus exigeant ? Mis à contribution lors des préfigurations et des évaluations, le visiteur n’est plus uniquement un spectateur. Il fait partie du processus d’élaboration de l’exposition. S’attend-il à des résultats ? À trouver des réponses à ses questions ?

En participant à cette mission je me suis souvent retrouvée visiteur. J’ai plus d’une fois troqué mon regard de professionnel pour mes instincts de néophyte. Et j’ai toujours trouvé quelque chose ou quelqu’un qui m'a fait vivre une émotion, une expérience. Quelque chose ou quelqu’un qui m’a amené au-delà de mes connaissances, qui a changé ma perception, mon regard.

 Des exemples ?

Cap Sciences, Bordeaux
Une reproduction de peintures rupestres que j’ai pu voir à travers le regard d’un homme des cavernes. Fascinant !

Musée d’Art et d’industrie, Saint-Étienne
La fabrication d’un ruban de velours par un passementier à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister. Le métier à tisser est énorme et mène un train d’enfer. Surprenant !

CCSTI de Grenoble
Le laboratoire de l’École de l’ADN où l’on nous a parlé de la démonstration faite à partir d’un oignon. Intrigant !

Musée du temps, Besançon
Un nouveau musée dont les expositions permanentes et temporaires sont un bel exemple d’approche multidisciplinaire Art-Science-Histoire-Technologie. J’ai craqué pour les boîtes à temps. Émouvant !

Electropolis, Mulhouse
Le projet de mise en valeur de l’immense génératrice par un spectacle multimédia. On va enfin voir comment ça fonctionne. Ça va bouger !

Musée zoologique, Strasbourg
Une exposition de zoologie pour les aveugles (assez paradoxal) que j’ai pu visiter.
Passionnant d’apprendre les yeux fermés !

Palais de la Découverte, Paris
La mise en scène d’un meurtre au Palais. J’ai vu les lieux du crime et j’ai assisté au procès. Palpitant la criminalistique !

Musée des arts et métiers à Paris
La collection d’objets scientifiques que j’ai eu le plaisir d’apprécier pour la première fois. J’ai aussi été ravie d’y trouver des outils de vulgarisation. Superbe !

 

Je crois à l’approche transdisciplinaire dans l’exposition scientifique. Ne pas le reconnaître serait être contre « apprendre des autres » . Et dans ma pratique, les autres sont essentiels.

Carol Pauzé, directrice des expositions, Centre des sciences de Montréal

Qu'est-ce que l'Observatoire? | Réalisation du site | Engin de recherche | Aide | Pour nous joindre Haut de la page
Société des musées québécois www.smq.qc.ca Dernière mise à jour : le 6 janvier 2012