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Les musées brésiliens |
Texte et photos : Katy Tari, présidente, Orange Kiwi (Musée Média)
La tenue du Festival d'AVICOM au Brésil en novembre 2002, a été l'occasion d'effectuer des visites de quelques jours dans les musées de Sao Paulo puis de Rio de Janeiro.
Bien que les deux villes regorgent de musées, nous avons plutôt choisi de visiter les musées phares représentatifs de la culture brésilienne et des institutions muséales présentes. On constate dans la liste ici bas que les musées d'art y figurent essentiellement, suivis de musées d'histoire ou d'ethnologie. C'est dire la place qu'on y accorde à l'art, essentiellement national et européen (Van Gogh, Renoir, Poussin, Rodin, etc.).
Les musées de sciences sont pour ainsi dire absents et hormis le planétarium, on n'en dénombre qu'un seul, le Musée de zoologie, rattaché à l'Université de Sao Paulo. Il existe bien le magnifique Jardin botanique de Rio. Aussi, nous avons découvert, au hasard de nos promenades, un musée de sciences naturelles à Rio abandonné !
Les
musées les plus marquants un à un
Les visites des musées se sont effectuées avec à l'esprit
la curiosité de découvrir la muséologie pratiquée
au Brésil afin de saisir les choix éditoriaux des institutions
à titre de référence de leurs préoccupations et
de celles du public, les types de muséographies pratiquées et
leur diversité ainsi que la mise en valeur des collections. Pour faciliter
la lecture, nous avons regroupé les musées visités par
discipline facilitant ainsi des parallèles ou des comparaisons entre
les institutions visitées tant à Sao Paulo qu'à Rio.
Les musées d'histoire
Le Musée Paulista, qui relève de l'Université de Sao Paulo, est un vaste bâtiment néo-classique abritant d'impressionnantes collections historiques et ethnologique du début de la colonie à nos jours. Le musée possède une très belle bibliothèque de livres rares, près de 50 000 photographies, près de 350 000 documents d'archives, et 26 500 objets. On le voit, il s'agit de collections apparemment riches permettant d'illustrer l'histoire du Brésil. Une visite d'étude du musée nous a permis de constater tous les efforts déployés dans la numérisation des collections, la conservation et la restauration. Or, nous avons découvert des réserves étriquées, des ateliers de restauration qui ne rencontrent pas toujours les normes muséales de contrôle de l'humidité et de la température, limitant pour ainsi dire la portée des restaurations.
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| La mèche de cheveux de la princesse Isabelle, Musée Paulista |
Du point de vue muséographique et du traitement des expositions, l'ensemble de la muséographie est assez conventionnel, dépassé dirions-nous, puisqu'il correspond à l'ancienne muséologie et ne donne aucune place à l'interprétation. Cela étonne et contraste avec les efforts déployés pour les collections. Les salles d'exposition ne proposent aucune thématique précise hormis de présenter des objets de la culture matérielle brésilienne. On retrouve ainsi, dans une salle, une vitrine remplie de fers à repasser du 19e siècle, dans une autre des meubles en bois empilés les uns sur les autres, une mèche des cheveux de la princesse Isabelle, sans mise en contexte ou explication historique ou socio-économique. Il en ressort une visite peu marquante et offrant peu d'intérêt.
Le Musée de la République, situé dans un ancien palais présidentiel de Rio, offre également des aspects intéressants. Bien que l'ensemble des présentations soit inégal tant par les sujets proposés que par leur mise en exposition, nous retenons quelques sujets audacieux abordés dans une série de salles, sous forme, cette fois-ci, de questionnement sur l'utilité de ces pratiques : la violence, la torture, la corruption entraînant le désarroi social. Le musée propose des expositions à thèmes qui se succèdent d'une salle à l'autre bien que le traitement demeure très inégal. Ainsi, l'on peut entrer dans une salle et observer un ensemble de bustes de politiciens brésiliens, disposés sur des étagères à roulettes sans aucune explication, ensuite visiter une exposition engagée sur l'histoire de la monoculture du café au Brésil, à la fois une grande source de richesses et un danger pour l'économie et l'environnement. Puis, contre toute attente, découvrir une salle consacrée à la torture et à la violence qui caractérisent l'histoire du Brésil. On y présente la maquette d'un projet artistique témoignant contre la torture. Ce n'est qu'à ce moment de notre visite, que nous sommes captivée pour le sujet.
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| Exposition au Musée de la République |
Enfin, et c'est la surprise éblouissante de notre visite, nous débouchons dans une salle portant sur l'assassinat politique (voir photo ci-contre). Nous avons, d'emblée, été frappée par la puissance dramatique de cette salle, portée par le thème tragique et savamment appuyée par une mise en scène à la fois simple et chargée. On entre dans une chambre à coucher, qui, au premier regard, n'offre aucune particularité, hormis une mise au noir habilement orchestrée par un jeu d'éclairage. Le visiteur ose à peine lever le voile noir qui le sépare de la chambre pour découvrir en son cur la douille, « le Projectile témoin » du crime, traitée telle une uvre d'art. Tout converge vers cette balle, le reste des éléments de la salle ne faisant que graviter autour d'elle à titre d'accessoires de la mise en scène. Une bande sonore narrée accentue la dramatisation de la salle. Nous sommes ressortie émue de cette visite et préoccupée par la réalité de la violence et de ses conséquences.
À proximité du Musée de la République se trouve le Musée du Folklore, une toute petite institution présentant des costumes de folklore de diverses provinces brésiliennes, luminescents et colorés. Ces costumes dénotent de la grande tradition des carnavals, où le faste se mêle à la complexité des costumes, des masques et divers accessoires.
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Musée du Folklore,
Rio
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Institut culturel
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| L'Institut culturel Itaù |
L'Institut culturel Itaù, disons-le d'emblée, nous a particulièrement séduite. Cet Institut culturel est financé en partie par l'une des plus grandes banques du pays et propose un ensemble d'activités culturelles : concerts, spectacles, conférences, animations, expositions, un site Web.
Particulièrement dynamique, l'Institut culturel offre aux jeunes, dans une salle ouverte, un espace, composé de postes semi-fermés, lié aux communications, qu'il s'agisse de télévisions, d'accès à Internet, de radios, de jeux Nintendo, etc.
L'Institut Itaù possède, par ailleurs, une importante collection d'art brésilien présentée lors d'expositions organisées à l'interne en alternance avec des expositions thématiques chocs.
Au moment de notre visite, l'Institut culturel Itaù proposait une exposition sur la violence et ses conséquences sur la société.
L'objectif principal de l'exposition étant de créer un débat de société sur cette problématique sociale touchant tous les Brésiliens (problème d'inégalités sociales, de pauvreté, d'analphabétisme, de traitement fait aux femmes qui souvent s'expriment par la voie de la violence).
Avouons que cette exposition est celle qui nous a le plus marquée tant par son traitement que par le sujet proposé.
Nous y avons trouvé une installation de type artistique qui réussit parfaitement à inciter le visiteur à réfléchir sur le sujet grâce aux liens suggérés par les dispositifs.
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Le blanchiment d'argent représenté par
la présence de coquerelles et de (faux) billets de banques empilés
sur des étagères.
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Différents points de vue y sont offerts, tant par le type d'installation (association suggérée par un empilement de billets banques suggérant l'accumulation de richesses et un plancher envahi par des coquerelles sous une feuille de plexiglas). Ailleurs, une allée est tapissée de lettres de femmes dénonçant leur désarroi face à la violence, qu'elle soit conjugale, politique ou autre.
La réussite de cette exposition tient du mariage entre le théâtre, le cinéma et le livre. Le langage proposé dans cette exposition utilise de nombreux moyens (livres, vidéo, bandes sonores, mise en scène des objets) qui réussissent parfaitement à faire vivre au visiteur une expérience inoubliable.
La scénographie de cette exposition a d'ailleurs été confiée à une scénographe de théâtre et d'opéra Bia Lessa, qui a mis en uvre plusieurs dispositifs afin de créer et de susciter un débat. Il s'agit, et de loin, de la visite muséale la plus marquante et la plus significative que nous ayons effectué au Brésil.
Les musées d'art
Dans un tout autre registre, la Pinacothèque installée dans un bâtiment entièrement restauré de Sao Paulo offre une importante rétrospective de l'art brésilien des 19e et 20e siècles en présentant 400 oeuvres de leur collection. Bien que traditionnelle dans son accrochage, nous avons eu le plaisir de découvrir une panoplie d'artistes brésiliens, leur vision de leur pays à travers diverses techniques. L'influence européenne est palpable à travers les styles qui ont marqué la production artistique des 19e et 20e siècles. Quelques installations artistiques contemporaines ont permis de témoigner du dynamisme de l'art contemporain brésilien. Nous avons été marquée lors de cette visite par la richesse et la diversité des oeuvres présentées.
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| Le MASP |
Le Musée d'art de Sao Paulo (MASP) loge, quant à lui, en plein quartier bancaire de la ville dans un bâtiment moderne de l'architecte italien Lina Bo Bardi construit dans les années 1950 et entièrement rénové en 2001.
L'architecture est fort intéressante et tranche avec les bâtiments du quartier, par ses couleurs (le rouge et le noir) et sa structure rectangulaire, entièrement vitrée et surmontée par quatre piliers qui le haussent au-dessus du niveau de la rue.
Les salles d'expositions se retrouvent aux étages supérieurs et souterrains alors que le rez-de-chaussée est totalement ouvert en esplanade.
Les expositions présentent des accrochages d'artistes essentiellement européens. Ainsi, on peut y voir une collection d'art européen et brésilien allant de l'Antiquité à nos jours. On a ainsi le plaisir de contempler des Rembrandt, Rubens, Renoir, Goya, Toulouse-Lautrec, etc.. L'étage souterrain, généralement consacré aux oeuvres photographiques et aux oeuvres multimédias, présentait une rétrospective de photographies de mode autour d'une mannequin brésilienne. Bien que le sujet n'offre rien de remarquable en soi, la présentation des photographies était très réussie.
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MASP exposition contemporaine
de photographies
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Le long de deux murs parallèles, les photos, rétroéclairées, étaient disposées en séries, tantôt encadrées, tantôt en une bande longiligne. Bien que sobre, cette présentation offre l'intérêt de créer une atmosphère cherchant à mettre en valeur les photographies en créant une ligne de lumière sur le mur contrastant de manière soignée avec l'espace vide et sombre de la salle. On assurait ainsi que toute l'attention se porte sur les murs. L'ambiance sonore ajoutait à l'atmosphère une dimension de recueillement qui nous a séduite.
Le Musée d'art moderne de Sao Paulo (MAM) est situé
dans le parc Ibirapuera, le plus grand parc de la ville conçu par l'architecte
Oscar Miemeyer et l'artiste paysager Burle Marx. On y retrouve quatre lacs,
un pavillon japonais, un planétarium (fermé) et le MAM. Les bâtiments
sont résolument contemporains et bien que la signature architecturale
soit intéressante, les espaces muséaux demeurent très étroits.
Nous avons été frappée par le nombre de visiteurs au moment
de notre visite. Le musée est très populaire auprès du
public et aussi très animé. On y produit annuellement de nombreuses
expositions, soit entre 20 et 25 présentées dans divers locaux
distribués dans la ville, représentant une moyenne de cinq expositions
par salle. Il nous a permis de découvrir quelques artistes contemporains
brésiliens. Il nous a impressionné par son taux de fréquentation
qui semble élevé et composé essentiellement d'une population
locale. Les expositions présentées étaient manifestement
très populaires et traitaient de deux grandes artistes brésiliennes,
Tarsila do Amaral et Di Calvanti. Une troisième exposition traitait des
enjeux environnementaux affectant l'Amazonie et de son importance dans l'équilibre
de l'écosystème. Des photographies de satellites permettaient
diverses comparaisons du cours du Fleuve, accompagnées d'une présentation
multimédia. La collection du musée regroupe des uvres d'artistes
contemporains nationaux et internationaux, dont une oeuvre magnifique de Louise
Bourgeois, l'Araignée.
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| Musée d'art moderne de Rio |
La Casas das Rosas à Sao Paulo, est une magnifique demeure transformée en centre d'exposition d'art actuel et offre l'intérêt d'offrir une vitrine aux jeunes artistes brésiliens, sans toutefois nous avoir réellement marquée.
Le Musée d'art moderne de Rio est situé dans un bâtiment bétonné datant des années 1950 près de la Baie de Guanabara.
Il est un important lieu de diffusion de la production artistique brésilienne. On y trouve également une présence très forte d'artistes contemporains européens. Les espaces grandioses des salles nous ont cependant laissée sur notre appétit.
Jardins botaniques
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Jardin botanique de Rio
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Le Jardin botanique de Rio est magnifique et se situe à
proximité de la dernière forêt tropicale Atlantique protégée
de la région. On y déambule très agréablement, malgré
la pollution de la ville (sonore et atmosphérique), pour y découvrir
une panoplie d'essences locales et importées. Une section du jardin est
consacrée à la conservation et à la préservation
des orchidées de partout dans le monde.
Constat
général
D'emblée notre attente était à la mesure du pays. Nous nous attendions à y trouver une muséologie audacieuse, franchissant les modèles du connu. Nous avons trouvé de grands écarts entre les musées, témoins apparents des moyens et des contraintes des institutions, mais aussi des choix éditoriaux effectués par chacun d'eux.
Notre surprise a été de découvrir de grandes disparités d'approches et de traitement entre les institutions. On ne peut parler d'un mouvement muséologique d'avant-garde, dynamique et porteur de changement et seuls quelques musées se distinguent tant par leur approche que par leurs thèmes. De fait, nous y avons trouvé des approches assez conventionnelles et dans certains cas dépassées. Malgré tout, certaines exceptions émergent et ont forgé une impression très forte sur nous et valaient très certainement le détour.
Nous retenons l'audace de quelques musées et institutions abordant des thématiques qui touchent le public local et traduisent bien une préoccupation sociale. Cela, à notre sens, est très significatif du rôle que le musée peut jouer au sein de la société ou à tout le moins d'une partie de celle-ci.
On mesure ici le poids de la réalité du quotidien qui frappe l'Amérique du Sud en général et du même coup, tout le fossé qui sépare le public nord-américain du public d'Amérique latine. On pressent l'urgence et le désir de créer un débat sur le sujet. On ne peut que se réjouir que des musées aient le courage d'aborder des problématiques aussi graves.
Katy Tari, présidente, Orange
Kiwi (Musée Média) [ http://www.orange-kiwi.com
]
| Société des musées québécois | www.smq.qc.ca | Dernière mise à jour : le 6 janvier 2012 |