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Première séance - L'environnement des institutions muséales

Yvan Gauthier, président-directeur général du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ)

L’institution muséale évoluant en interaction constante avec son environnement, il est important de bien comprendre cet environnement et d’en saisir les divers enjeux.

Issus d’univers différents, les trois premiers conférenciers étaient invités à partager leur réflexion concernant la perception de ceux et de celles qui marquent notre environnement que ce soit d’un point de vue politique, social, économique ou culturel. Après leur présentation en plénière, les conférenciers ont poursuivi la discussion alimentée par les réactions des participants réunis en ateliers de travail concomitants.

 Le milieu culturel

Pour répondre à la demande de la SMQ, soit de parler de sa perception des institutions muséales à titre d’ami des musées et non de PDG du CALQ, Yvan Gauthier a décidé de demander à plusieurs intervenants du milieu culturel de lui transmettre leur perception des institutions muséales et par là, appuyer sa présentation qu’il a qualifiée de dialogue entre la «foi muséale» et le «dogme de l’éphémère». Entre les deux perceptions extrêmes que sont la foi muséale et le dogme de l’éphémère, quelques constats se démarquent des témoignages recueillis. Ainsi, le musée apparaît pour les travailleurs culturels consultés comme un phare dans leur vie. Son rôle de passe-temps privilégié et son originalité permettent une ouverture sur le monde très appréciée. Alors que parmi les faiblesses mentionnées ressortent largement les interrogations des artistes sur le sens du musée car plusieurs s’en sentent exclus. Pour certains l’événement précède l’œuvre réservant du coup une exclusivité aux «grands» artistes, artefacts, phénomènes… De plus, le sens du musée et l’expérience qu’il propose sont parfois noyés dans la quête du divertissement (entertainment) et de l’animation à tout prix.

Au cours de la rencontre animée par Marie-Agnès Benoit, directeur adjoint des services à la collection du Centre canadien d’architecture, M. Gauthier est revenu sur le sentiment de frustration vécue par certains artistes car ils ne se sentent pas bien représentés dans les musées notamment dans le domaine des arts médiatiques. Une certaine dualité semble donc coexister : d’une part, le préjugé associant le musée à un espace fermé voire sacralisé persiste et, d’autre part, le sentiment que le musée vit une appropriation progressive par la population commence à faire son chemin. En somme, beaucoup de travail reste à faire dans la communauté pour que les musées soient appréciés dans toute leur diversité. Il n’en demeure pas moins que les assises sont solides. À nous de poursuivre la construction!

 L'univers politique

Suzanne Tremblay, Ex-députée du comté de Rimouski-Neigette-et-la-Mitis et François Cinq-Mars, directeur du Musée minéralogique et minier de Tetford Mines en atelier

D’entrée de jeu, la conférence de Mme Tremblay nous situait dans l’univers d’une politicienne aguerrie dont les implications sociales sont multiples mais pour qui, le monde des musées s’avérait complètement nouveau… C’était donc un coup d’œil extérieur au milieu de la muséologie s’appuyant sur une perception très concrète et des expériences personnelles.
Le politique joue un rôle déterminant dans le milieu muséal par le soutien qu’il apporte.
Toutefois, les institutions muséales appartiennent à une des facettes de la culture qui est peut-être la moins connue de la population. Peut-être aussi, selon Mme Tremblay, qu’il s’agit de celle qu’on sacrifie en premier quand le gouvernement doit faire des coupures budgétaires?

L’avenir des musées passe par une adaptation aux nouvelles réalités sociétales comme, entre autres, les personnes vieillissantes. Les musées doivent composer avec un public de personnes pressées et très sollicitées ayant des budgets familiaux limités. Par ailleurs, les nouvelles technologies doivent inévitablement être intégrées dans l’offre muséale pour rivaliser avec les activités de loisir destinées aux jeunes. Selon elle, l’offre muséale est à revoir d’une part en fonction des nouvelles clientèles et d’autre part, beaucoup de lobbying reste encore à faire du côté des acteurs politiques; Mme Tremblay qualifie d’ailleurs la politique de game de pocker. «Si on s’assoit à la table, dit-elle, il faut respecter les règles du jeu, sinon on se retire»

Selon Mme Tremblay, le monde muséal n’est pas bien perçu du politique. Dans toutes ses années de politique, personne n’est jamais venu lui parler d’un musée. Elle compare notre univers avec celui des agriculteurs qui sont toujours visibles à la fois dans leur comté et à Ottawa. Il y a aussi des journées de pression organisées pour une cause ou une autre, mais jamais pour les musées. Ces derniers auraient tout avantage à entreprendre une campagne de visibilité, par exemple en invitant les députés à un 5 à 7.

 La citoyenneté muséale

Me Maurice Forget, cabinet Fasken Martineau DuMoulin et président du Conseil des arts de Montréal

C’est avec beaucoup d’humour que Me Maurice Forget nous a livré ses réflexions sous le thème de la «citoyenneté muséale». Se présentant lui-même comme un grand consommateur muséal, collectionneur et amateur d’art contemporain, gestionnaire et avocat, il connaît les musées aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur. Il parle de leur rôle d’être à la fois dans la communauté et de la communauté. M. Forget n’a pas manqué l’occasion de souligner le dynamisme du réseau muséal québécois tout en spécifiant qu’il faut aussi en assurer la pérennité. En effet, il perdure une perception sociale voulant que les musées soient détachés du quotidien et qu’ils soient en attente d’une appropriation par la communauté. Ses expériences d’administrateur, notamment dans plusieurs organismes culturels, ont teinté l’ensemble de ses interventions et les questions ont continué en ce sens lors de la rencontre qui a suivi; une rencontre animée par Monique Gauthier, secrétaire générale du Musée d’art contemporain de Montréal. À la question «qu’est-ce qu’un bon conseil d’administration?», M. Forget répond qu’il est composé de personnes qui comprennent bien leur rôle et qui l’exercent bien tout en s’assurant que l’institution accomplit sa mission. À la question «qu’est-ce qui attire les gens d’affaires dans les musées?», la réponse est sans équivoque, le défi ou challenge de mettre à profit ses connaissances et de recevoir un mandat stimulant. Si le leadership est une qualité importante pour les membres d’un CA, il n’en demeure pas moins important de trouver un équilibre entre les têtes d’affiche du milieu des affaires et des personnes sensibles à la cause du musée. L’idéal demeure un conseil d’administration varié représentant les forces vives de la communauté. Pour lui, les musées devraient faire plus d’actions de visibilité grand public pour amasser des fonds (il donne l’exemple d’un marathon des musées).

 

 

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Société des musées québécois www.smq.qc.ca Dernière mise à jour : le 6 janvier 2012