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Ouvert à l'automne 2001, le Musée des Nibelungen est situé à Worms, une petite ville sur le Rhin, en Allemagne. Consacré à la légende des Nibelungen, le Nibelungenmuseum de Worms est un véritable musée virtuel, sans collections et n'utilisant que des objets virtuels pour ses présentations. C'est également le premier musée dédié uniquement à un grand mythe, du moins en Allemagne et probablement dans le monde. Le Musée des Nibelungen est donc original à plus d'un titre et mérite une visite.

 La légende des Nibelungen
Selon la Chanson ou Lied des Nibelungen, un grand trésor repose sous la ville de Worms. C'est un Anneau d'or, source inépuisable d'or, d'amour et de joie pour ses détenteurs, tant qu'ils n'en font pas usage pour leur propre pouvoir. Quel est donc ce trésor que les dieux et les hommes se disputent jusqu'à la mort ?

La légende germanique du XIIe siècle est une oeuvre édifiante qui a inspiré plusieurs auteurs au fil des ans. Elle fut remaniée par Richard Wagner dans sa tétralogie dramatique : L'Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et le Crépuscule des Dieux connu aussi sous le nom de L'Anneau du Nibelung. Sous les Nazis d'Hitler, elle devint une grande épopée propagandiste arienne.

 Un parcours en 4 actes
Dès le départ, l'auteur anonyme du Lied des Nibelungen se présente dans le casque d'écoute du visiteur et le convie à un étrange voyage à travers l'histoire, l'art et la littérature, des origines du mythe jusqu'aux perceptions qu'en ont les historiens et spécialistes d'aujourd'hui. Muni de son casque audio, le visiteur entre d'abord dans la Tour du Regard, passe par le Chemin de ronde et pénètre ensuite dans la Tour de l'Écoute. Il termine sa visite avec une création originale en réalité virtuelle présentée dans une salle souterraine appelée Trésor des Nibelungen et située à sept mètres sous la ville.


1. La Tour du Regard : «Ainsi s'est construit le mythe...»
Parlant du Royaume des morts, l'auteur anonyme du récit raconte en 12 stations les 39 chants de la légende, détaillant toutes les étapes de la construction du mythe de ses racines pré-chrétiennes jusqu'à son détournement en faveur de l'idéologie arienne nazi dans les années 1930. Toutes ses variantes et ses récupérations, du XIIe siècle à nos jours, sont présentées par l'auteur dans la première tour des remparts de Worms, autour d'un sceptre d'or aux multiples petites fenêtres montrant des centaines d'illustrations anciennes et récentes retraçant les diverses strophes de la Chanson.

Tour du regard et nouveau bâtiment Plan de la Tour du regard Sceptre aux mille images
Tour du regard et nouveau bâtiment
Photo : Zooey Braun © A + H

Plan de la Tour du regard
Photo : © A + H
Sceptre aux mille images
Photo :Zooey Braun © A + H

 

2. Chemin de ronde : «Worms à travers les âges»
Reliant les deux tours sur le haut des remparts, un chemin de ronde couvert permet au visiteur de voir la ville par les meurtrières et de comprendre son évolution grâce à une trame sonore d'interprétation et à l'iconographie placée sur des panneaux situés près de ces percées visuelles.

3. Tour de l'Écoute : «Ainsi fut écrite la Chanson des Nibelungen»
La deuxième tour porte le regard sur toutes les dimensions littéraires, artistiques, politiques et religieuses du mythe des Nibelungen. Le dernier étage de la tour débouche sur une salle panoramique où le visiteur est invité à porter son regard sur le véritable pays de la légende, qui va de l'Islande au pays des Huns en passant par le pays des Burgondes.

4. Salle souterraine : «Le Trésor des Nibelungen»
Dernière étape du parcours, cette salle cylindrique de neuf mètres de diamètre se trouve à sept mètres sous le musée. Elle est entourée d'un écran circulaire de près de 360°. Le visiteur pénètre donc sous la ville. Dans son casque d'écoute, une musique originale et surprenante présente un quatuor vocal sur de la musique électronique. Sur l'écran circulaire, le visiteur voit les monuments et bâtiments de Worms qui flottent au-dessus de l'espace imaginaire souterrain du mythe, ce dernier générant continuellement des images issues du sceptre d'or présenté dans la première tour. Invité à manipuler lui-même cet environnement virtuel, le visiteur passe de la ville vue d'en-dessous à un espace poétique, du visible à l'invisible et du temps courant à l'éternité du mythe. Les images de synthèse et la composition musicale sont régies en temps réel par des ordinateurs obéissant aux manipulations du visiteur actionnant le système.


Illustration abstraite
Photo : © A + H

 Une création sonore et musicale captivante
Les concepteurs de l'Atelier A+H de Paris soutiennent que la voix, le son et la musique sont aussi importants que l'image dans leur reconstruction de la Chanson des Nibelungen. Le lied y est récité en continu dans le dialecte bas-allemand d'origine et accompagné par un choeur et des instruments. Les concepteurs ont opté pour une approche radicalement contemporaine de l'oeuvre ancienne. Ils ont élaboré une création musicale et sonore pour quatuor vocal, son et électronique. La musique accompagne également le visiteur tout au long de son parcours. L'univers musical et sonore de la Tour du Regard plonge le visiteur dans une situation de mémoire et d'action. La Tour de l'Écoute a une proposition sonore plutôt que musicale. Le texte du XIIe siècle dans sa langue d'origine est traduit simultanément pour le rendre compréhensible. Dans le «monde sous le monde», la création musicale et sonore est générée en temps réel, au fil des explorations du visiteur.


 Bâtiment maquette A+H

Maquette du Musée des Nibelungen
Photo : © A + H

Aménagé dans le mur d'enceinte de la vieille ville, le Musée des Nibelungen loge dans deux des tours restaurées auxquelles se sont ajoutées divers modules et une salle souterraine. Le musée intégré dans un ensemble historique du XIIe siècle contribue à revitaliser les quartiers voisins en les dotant d'un nouveau pôle culturel et touristique.

 La polémique autour de la construction
Le site choisi par la Ville de Worms pour le Musée des Nibelungen a soulevé, lors de la réalisation du projet, une controverse qui a ralenti énormément les travaux. En effet, le monument historique, portion de l'enceinte de la ville, est cher à certains habitants de Worms qui n'ont pas vu d'un bon oeil la construction moderne qui viendrait s'y greffer. Après un référendum vivement débattu, le projet a pu redémarrer. La juxtaposition de l'ancien et du moderne avec les niches d'accueil et de services construites en forme d'ogives et faites de verre et de métal en fait aujourd'hui un projet architectural des plus originaux.


 Les concepteurs
L'Atelier A+H de Paris, formé d'Olivier Auber et de Bernd Hoge, a remporté en 1996 le concours international d'idées pour le musée. L'agence a ainsi obtenu une mission complète de maîtrise d'oeuvre du projet : architecture du bâtiment, contenu de l'exposition et développement des présentations et multimédias. Le projet a été réalisé avec le concours d'Emmanuel Berrier et du compositeur Thierry Fournier.

Paule Renaud et René Rivard
CULTURA bureau d'études, Montréal




Pour plus d'infos
Consultez la fiche technique du Musée des Nibelungun

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Société des musées québécois www.smq.qc.ca Dernière mise à jour : le 6 janvier 2012