
| [ Espace professionnel [ La Société des musées québécois [ Publications [ Enjeux [ numéro 12 (octobre 1999) |
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Enjeux |
ENJEUX est une publication de la Société des musées québécois. On y trouve le point de vue des membres de la Société sur différents sujets, et plus particulièrement sur les questions touchant l'avenir des assises de la muséologie québécoise.
La Société des musées québécois se réjouit de la conjoncture enfin favorable au patrimoine québécois. Alors qu'une politique muséale fait l'objet d'un engagement formel de la part du ministère de la Culture et des Communications pour l'an 2000, ce même ministère entreprend un processus pour doter le Québec d'une politique gouvernementale sur le patrimoine culturel. Il est évident que notre souhait est de faire en sorte que les deux actions s'arriment et que la somme des mesures permette que convergent les énergies pour connaître, protéger, interpréter et diffuser le patrimoine du Québec.
La proposition que nous faisons tentera de cerner les orientations concernant notre secteur, soit le milieu muséal québécois, dont on reconnaît tous qu'il est détenteur d'une part importante du patrimoine culturel québécois, et ce, dans toutes les régions du Québec.
La mise en œuvre d'une politique est habituellement générée par des carences, des abus. En matière de politique patrimoniale, les propositions que la Société des musées québécois fait visent certes à corriger des situations difficiles, mais aussi à maintenir ce qui déjà se réalise correctement, à maximiser les actions de qualité dont le seul défaut est d'être éparses ou ponctuelles, faute de support ou de cadre formel d'opération.
On le sait, circonscrire la nature même du patrimoine n'est pas une chose simple. Il y eut pendant fort longtemps une approche de la chose patrimoniale qui faisait en sorte qu'entrait sous le concept de patrimoine ce qui était désuet, n'était plus en usage. Or aujourd'hui, on parle de patrimoine matériel et immatériel, de patrimoine vivant, de patrimoine contemporain.
Aux fins de notre proposition, nous convenons que par « patrimoine » nous entendons les objets, sites et monuments concrets, signes, traces et traditions vivantes qui témoignent d'us et coutumes, de pratiques et de valeurs. Nous adhérons à la définition de l'UNESCO : « Le patrimoine culturel d'un peuple s'étend aux œuvres de ses artistes, de ses architectes, de ses musiciens, de ses écrivains, de ses savants, aussi bien qu'aux créations anonymes, surgies de l'âme populaire et à l'ensemble des valeurs qui donnent un sens à la vie. Il comprend les œuvres matérielles et immatérielles qui expriment la créativité de ce peuple ». Pour nous, les artistes sont également les artistes en arts visuels, scénographes, performeurs, danseurs, vidéastes, créateurs maîtrisant les nouvelles technologies.
Notre conception du patrimoine n'a rien de passéiste; elle est au contraire très dynamique, en résonance avec la mémoire, mais aussi avec l'actuel et le quotidien, sensible aux tendances. Une politique efficace en cette matière se devra elle aussi d'être en mouvement, et ce, sans égard aux typologies ou aux champs de la pratique muséale. Le patrimoine autochtone est certes constitué de sites archéologiques, d'objets sacrés et usuels, mais il est en plus le fait d'une pratique vivante de la transmission. Le patrimoine scientifique est constitué d'objets, mais également de résultats de recherche qui sont aussi artefacts. Et l'on pourrait poursuivre l'énumération de plusieurs secteurs.
. Le patrimoine est répertorié et conservé.
. Le patrimoine est étudié.
. Le patrimoine est diffusé.
. Le patrimoine est un bien précieux, il est un héritage.
. Le patrimoine est le reflet et le moteur des sociétés.
« Qui a beaucoup vu peut avoir beaucoup retenu. »
La Fontaine.
L'objectif premier d'une politique du patrimoine culturel devrait être de mieux servir la population québécoise parce que par la diffusion du patrimoine québécois :
Ce point traite de la population non pas comme clientèle des lieux patrimoniaux, mais comme acteur de la constitution d'un savoir et d'un partage du patrimoine.
La future politique devrait viser de façon prioritaire les jeunes du Québec en établissant des mesures où ils seront de véritables acteurs, où ils se sentiront concernés par un projet qui est aussi le leur. Il faut briser ce désengagement, ce désabusement de trop nombreux jeunes, qui heureusement n'est pas le lot de tous, mais qui colore en gris notre climat social. En parallèle, il faudra développer des mécanismes d'appropriation parce qu'avant de s'engager, il faut savoir. Or, il y a trop d'ignorance qui entoure notre patrimoine. Il y a un certain analphabétisme à l'égard de notre patrimoine - encore faut-il préciser que ce n'est pas l'apanage des seuls jeunes du Québec.
« J'aurais donc aimé que ma petite histoire serve. J'ai vécu des belles affaires, vous pourriez peut-être faire mieux. J'ai vécu des choses épouvantables, vous pourriez peut-être les éviter. »
Une grand-mère
Cette priorité donnée à la jeunesse n'exclut certainement pas les autres groupes. Le patrimoine est évidemment lieu de mémoire et le Québec ne laisse pas assez de place à ceux et celles qui portent encore la mémoire, ne valorise pas suffisamment le savoir que sont prêts à nous léguer nos aînés. Encore faut-il leur faire cette place, leur donner officiellement la parole. La politique devra contribuer à la transmission des techniques ancestrales et des savoir-faire. Les individus pourront en être les porteurs, valorisés par cette mission qui leur est confiée.
Devra également être incluse dans cette politique la sensibilité à la nouvelle démographie qui se dessine au Québec. Outre le fait qu'il y a un vieillissement de la population, on observe la réalité d'une population pluriethnique, particulièrement en milieu urbain. Quel accès à notre patrimoine donnons-nous aux nouveaux arrivants au Québec? Comment nos institutions patrimoniales leur permettront-elles de se reconnaître, de croiser des regards? Qu'en est-il de notre capacité à intégrer les patrimoines dont ils sont détenteurs et dont nous pourrions tous bénéficier?
La politique devra refléter les nuances des patrimoines urbains et ruraux. Nous entendons par là qu'il n'y aura pas de modèle unique, mais que la géométrie en sera variable, tout en nous assurant qu'un principe de base est l'accès pour tous à ces patrimoines.
On l'a assez dit et redit, les Québécois et Québécoises ne connaissent pas leur histoire, pas plus d'ailleurs que celle des autres. Or, il existe au Québec un partenaire de premier plan pour la transmission et la diffusion de l'histoire, soit le réseau muséal, dont plus de la moitié des institutions se consacrent à cette thématique. Une politique en matière de patrimoine devra faire en sorte qu'un arrimage concret soit possible entre ces lieux et le réseau de l'éducation, le monde du loisir et celui de l'information. Il s'agit d'un capital de savoir qu'une société n'a pas les moyens de perdre. Les résultats des recherches tant sur les collections que sur les thématiques des produits de diffusion (expositions, catalogues, publications sur support papier ou électronique, activités pédagogiques et culturelles) offrent un potentiel sous- exploité pour la diffusion de l'histoire, il faut faire en sorte que des pans de notre histoire ne soient pas occultés ou oubliés.
Comme corollaire à ce qui a été précédemment dit, il faut que cette politique soit stimulante, qu'elle contribue à susciter la fierté devant ce que nous possédons. Ici, pas question de glorifier notre avoir patrimonial ni d'en occulter les côtés sombres, mais de les mettre en perspective, de manière que la connaissance sur ce que nous possédons, sur ce que nous avons été, sur ce que nous sommes, aide à faire en sorte que nos choix de vie individuelle et nos choix de société bénéficient d'un éclairage objectif. Dans un contexte de questionnement, d'instabilité de tous ordres, une politique du patrimoine favorise les rapports avec la mémoire et permet de fixer des balises, des repères.
Une politique du patrimoine devra s'élaborer avec le souci d'être spécifique à la société québécoise, tout en tenant compte des nouveaux et nombreux enjeux : modifications technologiques, mondialisation des échanges, informations, intelligence compétitive, transformation des rapports de richesse collective, gestion de l'information, etc. Mais il est un enjeu majeur qui devrait être intégré : celui du développement durable.
« En démocratie, il n'est de citoyens, que par l'aptitude à placer les événements dans un contexte. »
Fernand Dumont
Il faudra faire en sorte que partout au Québec, où qu'ils soient sur le territoire, les Québécois et Québécoises puissent avoir accès à leurs patrimoines culturels, à tous les types de patrimoines culturels et qu'on en favorise la diffusion, qu'on en facilite l'accès. Que ces patrimoines servent à faire des choix éclairés pour toutes les strates de la société, sans égard à leur statut socioéconomique, à leurs sensibilités, à leurs intérêts culturels ou à leur appartenance territoriale, parce que les lieux patrimoniaux sont des lieux de savoirs et des lieux de pouvoirs à partager. Que leur soit aussi facilité l'accès aux patrimoines d'ailleurs. Une politique du patrimoine culturel n'a rien à voir avec le chauvinisme, elle est un lieu privilégié où mieux se connaître est possible, où s'ouvrir sur le monde est aussi possible, un lieu où s'exerce la démocratie.
Si les collections dont sont détentrices les musées ont fait l'objet d'un inventaire et de répertoriation, il y a encore beaucoup de travail à faire pour les documenter, les informatiser et les numériser. Il reste aussi beaucoup de travail à faire en ce qui concerne la tradition orale, mémoire de ce qui fut, mais aussi témoin de ce qui est et de ce qui sera.
Ce travail est ralenti faute non pas de volonté mais de ressources humaines. Des efforts notables ont été consentis par l'État pour doter le réseau d'équipements technologiques conformes à la réalité des avancées en cette matière. Cependant, il y a des énergies supplémentaires à consacrer à ce secteur pour qu'il réponde à toutes les attentes.
La gestion électronique des archives patrimoniales devra faire l'objet d'une attention particulière dans les mesures de la politique.
« Qui s'en souvient?
Wampanoaps, Paranokits, est-ce que ça vous dit quelque chose?
Je continue : Narrangansetts, Beotuks, Pequots,
je fais une pause. »
Richard Desjardins
Si les collections en art et en ethnologie détenues par les musées sont assez bien connues, il n'en est pas de même pour les autres secteurs. En effet, un grand pan de notre patrimoine qui n'est pas détenu par les musées est actuellement méconnu ou carrément en péril. Ainsi, le patrimoine religieux que possèdent les communautés religieuses et les fabriques n'a fait l'objet d'aucune recension systématique. Certaines communautés religieuses ont investi dans la création de musées; cependant, toutes ne pourront le faire. Et pour les musées existants, la situation est fort précaire. On le sait, la relève religieuse au Québec est une espèce en voie de disparition! Il y a là urgence. D'ailleurs, et c'est un curieux paradoxe de notre représentativité muséale, alors que la société québécoise a été caractérisée par une forte présence de la religion catholique, ce secteur patrimonial est mal connu. De la même façon, alors que nous avons été jusqu'à tout récemment une société fortement paysanne, le secteur de l'agriculture ne fait pas l'objet d'un traitement thématique au Québec, malgré le fait que plusieurs artefacts en ce domaine figurent dans les collections de musées. Étonnamment, nous avons par ailleurs de très nombreux musées militaires!
Autre secteur qui nécessite une action de toute urgence : la muséologie scientifique, technologique et écologique. Des collections méconnues, des collections en péril, des lieux de conservation inadéquats ou inexistants, peu de ressources en conservation et en restauration. Il y a urgence à faire un inventaire, à établir des mesures qui inciteraient le milieu universitaire à protéger et à rendre accessibles ces collections acquises avec l'apport de deniers publics à des fins de recherche. Ces collections mériteraient en effet d'être conservées vu la grande valeur qu'elles représentent pour la recherche et la connaissance scientifiques. L'on sait aussi que plusieurs sites industriels sont en péril.
Actuellement au Québec, même si plusieurs musées détiennent des fonds photographiques, aucune institution n'a le mandat formel de collectionner la photographie. Ainsi, au décès de nos photographes d'art ou de société, des témoignages nous échappent ou disparaissent.
Il faut aussi se préoccuper de la mémoire de la production artistique. On sait que des caisses de documents gisent dans les caves et les greniers des directeurs de compagnies artistiques du Québec, que des maquettes de production disparaissent. Si, dans ce domaine comme en tant d'autres, des choix de conservation doivent se faire, il faut reconnaître que présentement il n'y a aucune instance qui, comme dans les musées, procède à ces choix de collectionnement. Il ne faut pas perdre les témoignages de la production visuelle et sonore qui se fait actuellement au Québec. Et que dire des traces qu'il nous faudrait conserver des productions d'art éphémère?
Il faut aussi préciser qu'un grand nombre d'institutions muséales du Québec sont situées dans des édifices patrimoniaux, s'inscrivant dans le grand parc du patrimoine bâti du Québec et que l'entretien et la gestion de ces édifices doivent être pris en considération par l'État dans ses mesures de soutien.
Une des grandes difficultés pour le développement dans le secteur patrimonial est le manque de ressources humaines : emplois saisonniers ou temporaires, précarité, salaire minimum caractérisent malheureusement les conditions d'exercice de ceux et celles qui protègent, étudient, diffusent et mettent en valeur nos patrimoines. Alors que les universités québécoises forment des personnes qui pourraient remplir ces fonctions, la situation de l'emploi fait en sorte qu'il y a inadéquation entre les besoins et les ressources, que les petits organismes et les petites institutions doivent former constamment le personnel. Que d'énergie perdue faute de ressources! Deux types de problèmes à résoudre : soit les conditions d'exercice difficiles de ceux et celles qui travaillent déjà dans ce domaine, et le faible nombre de ces travailleurs.
Le cas du Centre muséographique de l'Université Laval, que l'on vient de fermer et où l'institution veut renvoyer à l'État la responsabilité de le soutenir, est fort inquiétant. Les collections universitaires au Québec sont riches. Et pourtant, nombre de collections sont actuellement orphelines lorsque les chercheurs quittent les universités. Quel gaspillage!
Par ailleurs, des universités forment des muséologues; il devrait y avoir forcément arrimage entre la vocation des uns et les besoins des autres pour le plus grand bien de la diffusion scientifique, qui est loin d'être exemplaire dans tous les domaines. Les universités poursuivent des fins éducatives, comme les musées; il y a sûrement des partenariats à établir, des responsabilités dont il faut se saisir.
Ces lieux, qui sont aussi détenteurs du patrimoine de demain, devraient faciliter l'accès à leur savoir et se préoccuper de conserver leurs connaissances. Il serait illusoire de croire que les musées pourront tout conserver et tout diffuser, mais notre industrie devrait aussi avoir la préoccupation de la conservation. Ce serait tout à son honneur parce que ce sont également des lieux qui ont façonné et qui façonnent encore les sociétés. D'ailleurs, déjà dans quelques endroits on trouve des musées issus de grandes industries; ici au Québec, le Musée Bombardier, à Valcourt, est à ce titre exemplaire.
La conservation et la diffusion du patrimoine sont aussi le fait des individus qui doivent être incités à conserver les trésors de famille, à les transmettre aux futures générations, à avoir la générosité de les offrir pour des expositions ou des diffusions par différents médias. Pour développer cette conscience de l'importance des témoignages des petites histoires individuelles, devront être multipliées les incitations, et ce, partout au Québec. Ne sommes-nous pas les ancêtres de l'avenir?
Une politique patrimoniale devra inciter les municipalités à accroître leur engagement dans la préservation et la mise en valeur des biens patrimoniaux de leurs localités. Cette instance gouvernementale a elle aussi veiller à préserver et à faire connaître ce patrimoine et ce, d'autant plus que l'on connaît le pouvoir que possède une masse critique d'équipements culturels de retenir les touristes. L'on s'intéressera à ces lieux s'il y a quelque chose d'intéressant à y voir, à y faire. Les municipalités devraient en ce domaine être plus actives, plus participatives sur le plan financier et prendre en considération le fait que le patrimoine n'est pas une fin en soi, mais un outil de progrès.
Outre le ministère de la Culture et des Communications, plusieurs ministères devront collaborer à la mise en application de cette politique : le ministère de l'Éducation, au premier chef, pour faciliter la connaissance et la fréquentation des lieux et équipements culturels; le ministère des Sciences et des Technologies, qui a le mandat de la diffusion de la culture scientifique, donc d'un patrimoine scientifique; le ministère du Tourisme, parce que l'on connaît le poids économique des sites culturels pour cette clientèle; les ministères des Affaires municipales, de l'Industrie et du Commerce, de la Justice (nous en reparlerons), des Finances, pour le développement d'incitations de nature fiscale, des Transports, que l'on songe aux ponts couverts ou à la signalisation, etc.
Il y aura lieu de développer des facilitateurs de mise en réseau, de faire en sorte que les efforts déjà consentis ne se dédoublent pas, mais s'ajoutent et offrent davantage aux différents publics. Là aussi il faudrait des incitations pour encourager la protection, la diffusion du patrimoine, pour développer des rapports de confiance, des modèles de collaboration avec des partenaires qui ne sont pas forcément habituels. Et il est impératif que soient encouragés de nouveaux partenariats, avec les alliés naturels, certes - centres d'archives, sociétés d'histoire et autres - mais pourquoi pas avec l'industrie et l'entreprise locale ou un centre de recherches et tant d'autres possibilités!
Il serait profitable de favoriser la formidable énergie créatrice de nos artistes de toutes les disciplines pour trouver des façons originales de rendre hommage, à commémorer et célébrer notre patrimoine. L'insertion de signes tangibles marqués par nos artistes dans les villes et villages du Québec contribuerait à faire la preuve une fois de plus de la force et de l'originalité des créateurs d'ici. Ainsi, la célébration de la mémoire serait intrinsèquement liée à la contemporanéité.
Les chaînes culturelles devraient intégrer davantage de produits à caractère patrimonial, tant à des fins éducatives pour la connaissance de traditions, d'us et coutumes, de l'histoire, que comme composantes intégrées dans les productions régulières. L'on connaît l'effet du petit écran sur le consommateur. S'il voit, il a envie de le fréquenter, de l'acquérir, il en est fier.
Cela est également vrai pour la presse écrite, qui est plutôt timide en ce domaine. Saluons ici la qualité des magazines culturels qui, contre vents et marées et malgré les aléas des modes, poursuivent leur travail de sensibilisation. Nous souhaitons que le soutien de l'État aille croissant pour leur permettre une meilleure diffusion
La législation en ce qui concerne les biens patrimoniaux est tout à fait déficiente, que ce soit la législation canadienne ou notre code civil et nous n'appliquons pas les ententes de l'UNESCO. Ici, des biens pillés sur un site archéologique, des œuvres d'art volées dans une église ou dans un musée connaissent le même traitement que la vidéo qu'un individu se fait voler à son domicile. Au bout de trois ans, il y a prescription, et l'habile receleur remet l'objet sur le marché avec comme seul choix pour celui à qui il a été dérobé de le racheter au prix du marché actuel. La législation devrait aussi refléter la valeur que notre société accorde aux objets témoins de nos patrimoines. Et qui dit législation dit aussi moyens de l'appliquer, de la faire respecter. Il en est de même pour la loi sur les biens culturels.
Même si ce groupe de travail a décidé de ne pas admettre le paysage aux fins d'une politique du patrimoine culturel, la Société des musées québécois se permet de souligner qu'elle croit que les paysages sont partie intégrante de la culture, que les lieux ont aussi fait ce que nous sommes, que la variété des espaces a façonné nos spécificités d'une région du Québec à l'autre. Le travail colossal entrepris par l'Institut québécois de recherche sur la culture sur l'histoire des régions reflète aussi cet aspect de l'adéquation entre l'histoire des hommes et celle des lieux. D'ailleurs, en créant le réseau de Parcs Canada, le ministère du Patrimoine canadien marquait bien là l'étroite alliance entre, d'une part, des lieux et des paysages et, d'autre part, l'histoire des hommes et des femmes qui les ont habités. Et l'UNESCO reconnaît le paysage au titre de bien culturel.
En conclusion, nous souhaitons que la politique du patrimoine culturel du Québec fasse en sorte que soient protégées et mises en valeur, les traces de l'intelligence de ceux et celles qui ont fait l'histoire, petite ou grande. Que soit reconnu le travail de ceux et celles qui y oeuvrent, qui contribuent à faire en sorte que des sens soient donnés. Que ces lieux, traces, signes et faits soient reconnus comme vecteurs culturels et éducatifs de premier plan et acteurs sociaux essentiels à une société dynamique et ouverte.
| Société des musées québécois | www.smq.qc.ca | Dernière mise à jour : le 6 janvier 2012 |