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numéro 13 (mai 2000)

ENJEUX est une publication de la Société des musées québécois. On y trouve le point de vue des membres de la Société sur différents sujets, et plus particulièrement sur les questions touchant l'avenir des assises de la muséologie québécoise.

Vivre autrement… la ligne du temps : une politique muséale en quelques phases

Le point de vue de la Société des musées québécois à l'égard de la politique muséale lancée
le 16 mai 2000 par la ministre de la Culture et des Communications, Mme Agnès Maltais

La Société des musées québécois était invitée par Mme Agnès Maltais, ministre de la Culture et des Communications, à assister au lancement de la très attendue politique muséale, le mardi 16 mai 2000. À cette occasion, et d’entrée de jeu à la conférence de presse, la ministre soulignait la qualité du réseau muséal, le professionnalisme de ceux et celles qui l'animent et insistait sur le rôle des musées dans la société. Elle précisait du même souffle que la mise en œuvre de la politique muséale serait progressive, la première phase ayant débuté par l’octroi de crédits supplémentaires, lors du dernier budget gouvernemental.

 

Une longue histoire

Pour mémoire, rappelons que nous revendiquons cette politique depuis plus de dix ans. Alors à la présidence de la Société des musées québécois, M. Guy Doré avait amorcé les démarches auprès du ministère des Affaires culturelles pour l'obtenir. Le Ministère avait proposé un énoncé d'orientations, Le réseau muséal québécois : s’ouvrir sur le monde, publié en 1994, sans que la politique et les crédits nécessaires suivent. M. François Lachapelle reprenait alors le bâton de pèlerin et créait le comité de la politique présidé par Mme Hélène Pagé, laquelle a depuis continué les démarches pour faire avancer un dossier dont on peut dire qu'il fut trop longtemps impopulaire auprès du Ministère.

Soulignons que tous les membres de la Société des musées québécois ont toujours été très étroitement associés à cette démarche et ont contribué à la rédaction de documents qu’ils ont voulu inspirant pour le Ministère : en 1996, publication de Vision, action, passion ; vers une politique muséale : constats et recommandations émanant des consultations régionales  et, en 1997, Vers une politique muséale : l’invitation. L'apport des membres fut constant, indéfectible et ce, jusqu'à la dernière consultation du ministère de la Culture et des Communications tenue en décembre 1999 et à laquelle ont participé près de trois cents membres. Il ne faudrait pas non plus passer sous silence l’opération des lettres d’appui menée par les membres au cours de l’hiver de 1999 et qui, elle aussi, a eu un impact. S'il est un dossier qui aura été exigeant à la Société des musées québécois, c'est bien celui-là.

En septembre 1999, la ministre de la Culture et des Communications, Mme Agnès Maltais, confirmait à l'occasion de notre congrès annuel qu'elle nous livrerait une politique muséale au printemps suivant. Une promesse tenue, ce dont nous lui sommes reconnaissants.

 

Pourquoi cet acharnement ?

Parce qu'il faut bien parler de la ténacité du milieu. En effet, alors que tant d'autres secteurs de l'activité culturelle avaient obtenu des politiques, il était inadmissible que les musées n'aient pas un tel outil pour appuyer et baliser leur développement. Ce geste du gouvernement inscrit formellement l'importance du secteur muséal dans le monde de la culture québécoise ; c'est le signe attendu du fait qu'il reconnaît la nécessité, les besoins et les particularités des musées. Pour la Société des musées québécois, outre le fait que le Ministère soutienne le secteur muséal, il était essentiel d'aller plus loin. En se dotant d'une politique formelle, le Ministère a désormais l'obligation de résultats et pour nous, cela est primordial.

 

Le contenu de cette politique

La document Vivre autrement… la ligne du temps dresse un constat courageux de la situation du réseau muséal ; le Ministère reconnaît la qualité et le professionnalisme de ce secteur, mais admet que la situation y est difficile. Le diagnostic est lucide et réaliste en ce qui concerne la précarité et le taux de roulement des emplois, l’état des collections, l'existence de disparités dans le financement, le vieillissement des expositions et l'absence de fonds pour les renouveler, les lacunes dans la mise en marché et autres misères de notre secteur. Ce constat s’accompagne d'orientations pour corriger et redonner du souffle : elles placent le citoyen au centre de notre action, visent la consolidation des ressources humaines, appuient l'intensification de l'intégration à la communauté, la consolidation du réseau muséal et l'ouverture sur le monde. Toutes orientations où, par ailleurs, la nouvelle politique laisse aux musées la liberté d’arrimer leurs actions à leurs besoins en tenant compte de leur situation. Il n'y a pas ici de dirigisme dans la priorisation des actions menées par les musées.

 

Quelques comparaisons

Même s'ils sont libellés de façon différente, les axes de la politique rejoignent les attentes du milieu. Rappelons que la Société des musées québécois a été très présente tout au long du processus d'élaboration de la politique parce que, tout en reconnaissant la maîtrise d'œuvre du Ministère, il lui importait de s’assurer que cet outil réponde aux attentes et aux besoins des musées.

Principes moteurs de la SMQ

Orientations du MCC

Confirmer et affirmer le rôle de l'institution muséale

Les citoyens d'abord

Développer les fonctions de l'institution muséale

Cap sur l'expertise

L'inscrire dans le réseau

La force du réseau muséal

Collaborer avec d'autres partenaires

 

Une institution muséale dans la
communauté

Maintenir et intensifier les liens nationaux et internationaux, selon notre mission

Direction le monde


En un coup d'oeil, on reconnaît les thématiques établies par la Société des musées québécois dans l’articulation des orientations ministérielles. En ce qui concerne le premier point, le rôle de l'institution muséale, tel que précisé dans nos documents, était évidemment axé sur les visiteurs, avant tout. Quant au thème de l'ouverture sur le monde, on le retrouvait dans les thèmes "réseaux" et "partenariats".

Ce que la politique muséale apporte de nouveau :

 

Quelques inquiétudes

Tout en nous réjouissant de recevoir enfin la politique muséale, nous avons cependant quelques inquiétudes.

Les argents nouveaux annoncés en mars 2000 ne sont pas récurrents. Notons que l’octroi de 5 M$ pour le renouvellement des expositions, c'est environ 35 % de plus que ce qui est investi dans la catégorie des petites et moyennes institutions. Il y a là un effort financier, mais nous estimons qu'il va de soi qu'il devra être accru et récurrent. Nous avions estimé à 18 M$ les crédits supplémentaires nécessaires pour les institutions muséales , excluant les grands musées. Si nous nous comparons à d'autres secteurs d'activités, il n'y a pas là d'abus inflationnistes dans nos besoins exprimés ! Et nous n'avons pas la prétention, non plus, de vouloir atteindre les salaires des sportifs professionnels. Les muséologues sont décents.

Or, pour consolider les musées, il faudra impérativement leur assurer une aide financière accrue et récurrente, compatible avec la réalité de leurs mandats et de leurs besoins. Notre situation est la même que celle dénoncée par le Mouvement pour les arts et les lettres (M.A.L.). Nous continuerons donc à réclamer des crédits qui soient récurrents et qui, rappelons-le, sont on ne peut plus justifiés.

Le Ministère opte pour un nouveau système d'aide au fonctionnement afin d'élargir ces postes budgétaires à de nouvelles institutions; l'intention est généreuse, mais nous veillerons à ce que ne soient pénalisées, d'aucune façon, celles qui recevaient de l'aide. Il n'est évidemment pas question de perdre des acquis.

Il y a des carences du côté de la muséologie scientifique et technologique, des carences dont la politique fait état. Il faudra s'assurer que le ministère de la Culture et des Communications travaille de concert avec le ministère de la Recherche, de la Science et des Technologies pour que non seulement s'arrête l'hémorragie dans ce secteur, mais qu'on rattrape le retard dans ces disciplines.

Il en est de même pour le dépôt du projet de politique patrimoniale dont on attend que celle-ci se réalise en concertation en matière de protection, de collectionnement et de diffusion du patrimoine culturel québécois. Les institutions muséales sont des acteurs majeurs en ce domaine ; or, il reste beaucoup à faire, entre autres dresser le portrait et le constat de l'état des collections québécoises. Et ce, sans parler de la restauration et de la conservation. Là aussi, cela ne se fera pas sans l’injection de nouveaux crédits.

 

Des actions de la Société des musées québécois

Si nous reconnaissons la qualité du document déposé et en approuvons les intentions et les actions proposées, pour que cette politique ne soit pas qu’un symbole, au demeurant apprécié, il faudra que la Société des musées québécois poursuive activement son travail,  car il reste beaucoup à faire

 

Des souhaits

Cette politique, si elle nous réjouit à certains égards, ne nous comble pas ; cependant, elle revêt une grande importance pour un milieu qui n'a pas eu l'appui nécessaire pour remplir un mandat primordial dans notre société. Nous souhaitons que ce geste soit le déclencheur d'une série d'actions qui feront en sorte que les musées remplissent correctement leurs rôles : gardiens de la mémoire des sociétés, acteurs culturels et sociaux, moteurs économiques, agents éducateurs. Nourris du passé, ancrés dans le présent, tournés vers l'avenir, les musées sont des institutions phares nécessaires à une société comme la nôtre.

Il faut que toute la communauté muséale reste vigilante et prête à l’action.

 

Des remerciements

Il n'est sans doute pas usuel dans un document comme Enjeux d’adresser des remerciements. Mais l'étape que nous venons de franchir, au terme d’une si longue démarche, le justifie. La Société des musées québécois remercie la ministre de la Culture et des Communications, une femme de parole, Mme Agnès Maltais, d’avoir répondu à la demande du milieu muséal et enclenché un plan d'action pour le réseau. Nos remerciements vont aussi à l'équipe du ministère de la Culture et des Communications qui a donné corps à cette politique.

Tous nos remerciements vont aux centaines de membres de la Société des musées québécois qui sont intervenus à l'une ou l'autre des étapes, lors des congrès, des rencontres de consultation ou à titre de rédacteurs de nos documents, constats et états de situation.

Merci aux membres du tout premier comité de la politique, dont François Lachapelle qui a lancé la "machine" à pleine vapeur et Réjean Bernard. Merci à Claude Benoît, au poste depuis le début des travaux du comité, à Michel Forest, Renée Huard, Michel Perron et Louise Séguin qui s'y sont joints, pour le formidable et exigeant travail accompli. Merci aux membres des conseils d'administration de la Société des musées québécois. Merci pour cette générosité, pour cette indéfectible présence à la cause des musées.

Nous continuerons d'être là pour vous.

La présidente,
Hélène Pagé

 

Édition de Enjeux :
Service des communications
Société des musées québécois
2e trimestre 2000
Tous droits réservés

Dépôt légal de la version imprimée :
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada

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