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Enjeux |
Le congrès annuel de la Société des musées québécois,
c'est du sport, et ce n'est pas un euphémisme en cette période
de Jeux olympiques ! J'ajouterais même, sport extrême, avec ce que
cela sous-entend surtout de courses à obstacles. Encore faut-il garder
du souffle pour la course de fond. Les plus de 200 congressistes réunis
à Saint-Jean-sur-Richelieu ont été on ne peut plus participactifs
au cours de cet exercice de démocratie qu'est notre rencontre annuelle
et ont exprimé clairement leur impatience et leur volonté que
se réalise enfin la consolidation des institutions, besoin dont fait
d'ailleurs état la politique muséale.
Le milieu a investi des années de revendications, de travail avec et auprès du ministère de la Culture et des Communications pour obtenir une politique muséale qui encadre et soutienne le développement du réseau muséal québécois, c'est-à-dire les institutions et ceux et celles qui les animent. En bref, ce que le milieu réclame, c'est assurer de façon récurrente et par des crédits additionnels la consolidation des emplois de ce secteur où précarité et salaires en deçà de la moyenne canadienne sont le lot d'un trop grand nombre. Il réclame également des mesures pour améliorer les productions dont la recherche et le traitement des collections, et la réalisation des différents produits - expositions, activités éducatives et culturelles, publications électroniques, sur support papier ou virtuelles - dans le but de répondre le mieux possible aux attentes des visiteurs dont nous voulons combler les attentes et souhaitons accroître le nombre.
Au fil d'arrivée, en mai dernier, Mme Agnès Maltais, ministre
de la Culture et des Communications, lançait une politique muséale,
Vivre autrement
la ligne du temps, et annonçait l'injection
de nouveaux crédits obtenus dans la foulée des surplus budgétaires
répartis par le ministre des Finances. Ces nouveaux crédits ont
été obtenus parce que la Société des musées
québécois les a réclamés ; il a d'ailleurs fallu,
pour y arriver, mobiliser nos membres des mois durant et sensibiliser à
notre cause les élus et les médias. C'est ainsi que 10 M$ seront
injectés au cours de cette année, dont 8 M$ pour les institutions
de petite et moyenne taille. Il faut savoir que ces types d'institutions reçoivent
annuellement un peu plus de 15 M$ au fonctionnement ; les ajouts sont donc importants
mais, hélas, non récurrents. Et il faut aussi préciser
que ce que nous réclamions, c'est un ajout récurrent de 18 M$
: "Il y a là un effort financier, mais nous estimons qu'il va de
soi qu'il devra être accru et récurrent. Nous avions estimé
à 18 M$ les crédits supplémentaires nécessaires
pour les institutions muséales, excluant les grands musées [
]
pour consolider les musées, il faudra impérativement leur assurer
une aide accrue et récurrente, compatible avec la réalité
de leurs mandats et de leurs besoins. "
La réponse est simple. D'abord, moins d'argent que ce que nous avions demandé et, une fois de plus, des crédits pour des projets ponctuels. Au cours des consultations publiques sur la politique muséale, nos membres de partout au Québec avaient fait état de leur essoufflement, du ridicule d'une situation où l'on doit toujours compter sur des projets pour joindre les deux bouts et livrer la marchandise. Or, comme première mesure de l'application de la politique muséale, le milieu se retrouve avec un nouveau programme d'aide financière axé sur des projets et, qui plus est, dont l'esprit ne correspond pas à celui annoncé par la Ministre dans sa politique : "Aujourd'hui, l'objectif n'est pas simplement d'empêcher le déclin du réseau, mais bien de favoriser sa relance en continuant à soutenir sa consolidation." Précédemment, on y faisait les constats suivants : "[ ] la situation est encore préoccupante à plusieurs points de vue [ ] le manque de ressources humaines et la précarité des emplois nuisent à leur performance [...]. Le manque de ressources financières incite à des choix déchirants [ ]". Cette situation a été décriée durant les consultations menées en 1999 par le ministère de la Culture et des Communications en vue de l'élaboration de la politique ; elle a été relevée dans le cadre d'une enquête menée en 1995 sur les emplois dans le secteur muséal, de même que dans les deux évaluations nationales menées par ce même ministère en 1995 et en 2000.
La vie dans plusieurs institutions ressemble à un parcours du combattant. Toujours à la recherche de financement pour assurer une présence du personnel, à la merci des multiples programmes de création d'emplois avec tout ce que cela a d'aléatoire et surtout de temporaire. En conférence d'ouverture de notre dernier congrès, M. Raymond Montpetit, président des comités d'évaluation des institutions muséales en 1995 et en 2000 mentionnait l'essoufflement du milieu et le décrivait comme "professionnel, passionné et précaire". Quant aux conditions salariales, déplorables, les résultats de l'enquête menée par le MCC avec la collaboration de la SMQ sont révélateurs; en tant que conférencière et présidente de la SMQ, j'en ai fait état, à cette même occasion, à l'aide de certaines données dont celles-ci :.
Quant au financement, non seulement il piétine, mais, avec l'inflation, il entraîne la décroissance du réseau.
Qui peut imaginer que le milieu de l'éducation ou le milieu hospitalier
puisse dépendre de programmes d'emplois temporaires pour survivre et
arriver à ses fins. Tous les six mois, on y renouvellerait le personnel
? Ridicule. Pourtant, c'est ce que l'on offre aux secteurs des arts et de la
culture. Rappelons ici que les millions supplémentaires obtenus pour
le MAL sont aussi non récurrents. La médecine est la même
pour tous, mais tous savent bien que, pour améliorer la santé
du réseau, il faudrait l'administrer autrement et à plus fortes
doses.
Toujours au printemps dernier, la ministre de la Culture et des Communications
et la ministre responsable d'Emploi Québec se montraient favorables au
dépôt d'un plan stratégique en matière de personnel
dans le secteur culturel où, là encore, on fait le constat de
la précarité des emplois. Les mesures proposées sont intéressantes,
mais, car il y a un mais
Au moment de la présentation de ce plan,
pendant notre congrès, la représentante d'Emploi Québec
précisait que ce n'était pas son organisme qui assurait la consolidation
des emplois par des mesures garantissant leur permanence, mais les divers ministères
responsables. Il nous faudra donc retourner auprès du ministère
de la Culture et des Communications ; soyez assurés que nous le ferons.
L'étapisme de la mise en uvre de la politique muséale a fortement orienté le plan d'action de la SMQ et, à la dernière assemblée générale, le conseil d'administration proposait à ses membres que la priorité de ce plan porte sur cette politique pour :
Pendant notre congrès, le ministère de la Culture et des Communications déposait son programme d'aide financière 2000-2001, Soutien aux institutions muséales. À l'évidence, ce programme pose plusieurs problèmes et ne respecte certainement pas l'intention de la Ministre, dans sa politique qui "[ ] laisse(nt) une marge de manuvre suffisante aux institutions muséales pour prioriser elles-mêmes certaines fonctions, cibler les moyens [ ] et les mesures qu'elles entendent privilégier selon leur mission et leurs objectifs propres 5."
La Société des musées québécois a donc
demandé et proposé, sans attendre, des changements à chacun
des trois volets du nouveau programme d'aide financière en ce qui concerne,
notamment, les critères et les conditions d'éligibilité,
l'embauche de professionnels et les dépenses admissibles. Nous avons
réagi dès la réception du document : une position sans
équivoque pour que ce nouveau programme respecte les objectifs de la
politique et réponde, au moins en partie, aux besoins exprimés
par les institutions.
Notre position reste claire et ferme : bien que l'ajout des nouveaux crédits soit loin de combler les attentes et les besoins réels du milieu, celui-ci entend bien en bénéficier au maximum ; il ne saurait toutefois se contenter de cette injection ponctuelle et insuffisante.
Le 15 septembre, à l'assemblée plénière qui clôturait notre congrès, les résultats des débats en ateliers, de même que diverses interventions, ont été fort éloquents sur le degré d'impatience et la grogne du milieu face à la lenteur du Ministère alors qu'il est urgent de corriger, d'améliorer et d'assurer un développement du réseau. Nos membres ont réitéré leur appui à une action concentrée prioritairement sur la pleine réalisation de la politique et ont confirmé qu'ils seraient prêts à toute action nécessitant leur participation pour aller au front. Fort de cet engagement de ses membres, le conseil d'administration de la SMQ s'engage immédiatement dans son plan d'action pour que les musées reçoivent leur juste part.
Si le Ministère reconnaît la qualité et le professionnalisme du milieu, qu'il agisse en conséquence, surtout en cette période où les gouvernements font des surplus budgétaires. Les 5 468 travailleurs du réseau muséal sont eux aussi en droit de gagner convenablement leur vie. Ils exercent des métiers qui contribuent à l'amélioration de la qualité de vie de leurs concitoyens et concitoyennes, ils sont gardiens des patrimoines, producteurs de sens, diffuseurs de savoirs ; ils sont reconnus à l'étranger pour leur ingéniosité et leurs compétences, et nous voulons qu'ils soient aussi " prophètes en leur pays ".
C'est la volonté de votre Société,
Hélène Pagé, Présidente
| Société des musées québécois | www.smq.qc.ca | Dernière mise à jour : le 6 janvier 2012 |